Thomas Banks RA (1735–1805): Un Sculpteur Imprégné d'Idées Classiques
Thomas Banks, né à Londres en 1735, occupe une place essentielle dans l’histoire de la sculpture anglaise du XVIIIe siècle. Son parcours artistique débute sous les auspices de son père, William Banks, géomètre chargé de superviser la gestion foncière pour le duc de Beaufort – une connexion familiale qui lui inculque une profonde appréciation pour l'observation minutieuse et la précision architecturale. Éduqué à Ross-on-Wye, Banks voit ses années formatrices nourrir sa passion pour le dessin, initialement guidée par les instructions de son père avant de passer en apprentissage auprès de William Barlow à Londres où il affine son métier dans la sculpture sur bois. Un événement crucial façonne cependant ses sensibilités : la rencontre avec Peter Scheemakers, sculpteur flamand ayant émigré en Angleterre et établi un atelier à Londres. Cette collaboration lui ouvre les portes du style grandiose néoclassique, nourrissant une dévotion inébranlable aux formes et aux récits classiques – une vocation qu’il définira comme étant son œuvre principale.
Ses premières œuvres témoignent d'un talent considérable, culminant dans une prestigieuse bourse de voyage attribuée par la Royal Academy en 1772. Cette bourse le propulse à Rome où il plonge au cœur des traditions artistiques antiques, absorbant l’inspiration des sculptures monumentales et interagissant directement avec les courants intellectuels de son temps. Retournant en Angleterre en 1779, Banks est confronté à une évolution inquiétante : le déclin de la contemplation poétique qui avait auparavant alimenté sa créativité. Il passe deux ans à Saint-Pétersbourg où il sert de sculpteur à l’impératrice Catherine II, qui lui commande une représentation frappante d'Éros torturant un papillon – une œuvre reflétant la fascination romantique pour la mythologie et l'émotion aux côtés des idéaux classiques.
Après cette période internationale, Banks se consacre à des projets ambitieux visant à revitaliser la sculpture britannique. Il entreprend la tâche monumentale de modeler Achille pleurant la perte de Briseis – une entreprise colossale qui exige une maîtrise exceptionnelle et un engagement sans faille pour exprimer une profonde douleur. Élu membre associé de la Royal Academy en 1784 puis membre plein en 1785, Banks consolide sa position comme voix artistique dominante au sein de l’élite intellectuelle londonienne. Son œuvre prolifique comprend des commandes pour la cathédrale Saint-Paul – les sculptures monumentales commémoratives du capitaine George Blagden Westcott et du capitaine Richard Burgess – et le monument dédié à Sir Clifton Wintringham et William Woollett – démontrant sa maîtrise de la sculpture architecturale et sa capacité à imprégner la pierre d’une dignité solennelle. De plus, son buste de Warren Hastings, exposé au National Portrait Gallery, témoigne de son talent sculptural et de sa vision artistique.
Mais l'héritage de Banks dépasse largement les seules qualités techniques ; il réside principalement dans sa contribution unique à l’histoire artistique britannique. L’accomplissement culminant de sa carrière demeure sans conteste « Shakespeare Attended by Painting and Poetry », érigé à Stratford-upon-avon en 1788 – une commande monumentale pour la nouvelle galerie Shakespeares de John Boydell. Cette sculpture ambitieuse, mesurant plus de six pieds de haut, incarne la conviction profonde de Banks dans le pouvoir transformateur de l’inspiration classique. La représentation d'Shakespeare entouré de représentations de peinture et de poésie encapsule l’idéal romantique de communion artistique avec l’antiquité, assurant ainsi à Banks sa place parmi les plus grands sculpteurs anglais et consolidant son statut de légende artistique. Son décès à Londres le 2 février 1805 marque la fin d'une vie artistique extraordinaire – une vie consacrée à honorer les gloires de l’art classique et à façonner les sensibilités esthétiques de son époque.