Mir Mohsun Navvab : Un polytechnicien de la culture azéri
Jeunesse et origine
Mir Mohsun Navvab (azéri : mir möhsün nəvvab) est né en 1833 à Shusha, en Azerbaïdjan, une ville réputée comme un centre culturel. Il a passé toute sa vie dans ses murs, s'immergeant profondément dans les traditions et l'évolution du paysage du Karabakh. Son éducation a coïncidé avec une période cruciale pour l'Azerbaïdjan, témoignant de la transition des coutumes établies aux influences modernes émergentes.
Un polytechnicien exceptionnellement versatile
Navvab était un individu exceptionnellement polyvalent, excellant dans de nombreux domaines. Il n'était pas simplement un artiste ; il était poète, historien de la musique, astronome, charpentier, chimiste et mathématicien – un véritable polytechnicien de son époque. Cette large gamme de compétences a influencé sa production artistique et lui a permis de contribuer de manière significative à la vie intellectuelle azéri.
Développement artistique et calligraphie
Navvab est particulièrement célébré comme un maître calligraphe. Il a méticuleusement préservé et diffusé la poésie des poètes du Karabakh grâce à son écriture magnifique, assurant sa survie pour les générations futures. Au-delà de la calligraphie, il illustrait ses manuscrits avec des images et des portraits vibrants, mettant en valeur son talent artistique. Il décorait également les intérieurs des bâtiments avec des ornements complexes ; des vestiges de ces décorations étaient rapportés comme étant visibles à Shusha avant 1992.
Contributions littéraires et musicales
Reconnaissant le besoin de favoriser la croissance culturelle, Navvab a fondé deux sociétés importantes : Majlis-i Faramushan (“Société des oubliés”), une deuxième société littéraire en Azerbaïdjan dédiée à la préservation des œuvres oubliées, et Majlis-i Khanende (“Société des chanteurs”), la première société de musique. Ces organisations ont joué un rôle crucial dans la promotion de l'alphabétisation, de la culture et de l'expression artistique au Karabakh.
Œuvres scientifiques et héritage musical
Navvab a écrit plus de 20 livres couvrant divers domaines. Son œuvre la plus importante est Vuzuh al-argam (“Explication des nombres”), une étude complète détaillant 82 *maqams* (modes musicaux traditionnels azéris) et chansons présents au Karabakh pendant son temps. Ce travail fournit un aperçu précieux de l'origine, des règles et des pratiques de performance de cette tradition musicale unique. Il a également écrit Tezkirey-i-Navvab, un dictionnaire biographique présentant cent poètes et écrivains du Karabakh.
Contexte historique et écrits politiques
La vie de Navvab s'est déroulée pendant une période de troubles sociaux et politiques. Il a documenté les événements tumultueux entourant les massacres arméniens-tatars de 1905-1907 dans son chronique, Tavārīkh-i razm u shūrish-i ṭāʾifa-yi arāmana bā musalmānān-i qafqāz. Dans ce travail, il a identifié les nationalistes arméniens comme une source principale de conflit, tout en blâmant principalement le Parti social-démocrate Hunchakian.
Héritage et signification
Mir Mohsun Navvab est décédé en 1918 à la forteresse de Shusha. Il occupe une place importante dans l'histoire culturelle azéri en tant que dernier représentant de l'ancienne école traditionnelle des sciences, des arts et de la littérature. Son dévouement à la préservation du patrimoine artistique, à la promotion de l'alphabétisation et à la documentation de son époque le font figurer parmi les figures essentielles pour comprendre le riche passé culturel de l'Azerbaïdjan. Malgré son ancrage dans la tradition, il était une force progressive plaidant pour la croissance culturelle au Karabakh.


