Hussein Amin Bicar : Un Maître de l'Égypte Moderne et des Lumières Pharaoniques
Hussein Amin Bicar (1913-2002) fut une figure marquante de l’art égyptien du XXe siècle, dont la carrière artistique débuta à Alexandrie au début des années 1930. Après avoir obtenu son diplôme à l'École Supérieure des Beaux-Arts du Caire en 1934, il consacra plus de soixante ans à enseigner l’art dans les établissements scolaires et universitaires puis à travers la presse, laissant derrière lui une œuvre riche et complexe qui reflète une profonde sensibilité pour le patrimoine égyptien.
Une Enfance Nourrie par la Musique et la Foi
Né près d'Anfoushi en 1913 dans une famille copte orientale, Hussein Amin Ibrahim Bicar fut dès son plus jeune âge imprégné de l’esprit artistique. À huit ans, il maîtrisait déjà le oud (luth arabe), instrument emblématique de la musique orientale, et à neuf, il était sollicité pour donner des cours de musique aux dames alexandrines, une pratique rare à cette époque où les femmes étaient souvent exclues du monde masculin de l'enseignement supérieur. Cette passion musicale allait constituer une fondation solide pour son parcours artistique ultérieur. Il suivait également la Foi Baháʼí, une religion monothéiste fondée au XIXe siècle qui prône l’unité des religions et des peuples. Cette conviction religieuse influença profondément sa vision du monde et de l'art.
L'École Supérieure des Beaux-Arts : Une Immersion dans les Traditions Européennes
Son père, ayant péri jeune, fut suivi à Cairo par sa mère qui lui inculqua toujours une grande valeur pour les arts et les lettres. Il rejoignit l’École Supérieure des Beaux-Arts du Caire à quinze ans, établissement fondé au début du XXe siècle et entièrement animé par des professeurs européens. Cette école imposait un cursus basé sur les traditions artistiques occidentales, mais elle ouvrait également les portes d'une nouvelle esthétique inspirée par les mouvements artistiques internationaux de l’époque. Parmi ses professeurs notamment Cluezel Friedman de Suède qui lui reconnut une aptitude exceptionnelle pour le portrait et lui encouragea à poursuivre ses études dans cette voie. Cette rencontre fut déterminante pour son développement artistique, lui permettant de bénéficier d'une formation rigoureuse tout en étant exposé aux idées nouvelles des mouvements artistiques européens.
Un Style Simpliste et Profond : L’Écho des Pharaons
L’œuvre de Hussein Bicar se caractérise par une esthétique remarquable pour sa simplicité et sa profondeur, qui témoignent d'une sensibilité aiguë pour les valeurs fondamentales de l’art égyptien ancien. Il privilégiait les couleurs vives et les formes géométriques élémentaires afin de traduire la beauté naturelle des paysages égyptiens et la richesse des traditions populaires. Cependant, il ne se contentait pas de reproduire fidèlement la réalité ; il cherchait à exprimer une émotion profonde et à transmettre un message universel. Son style reflétait l’influence directe de l'art pharaonique, avec ses lignes élégantes et harmonieuses et sa recherche d'équilibre entre forme et couleur. Cette esthétique lui valut une reconnaissance internationale et lui permit de se distinguer parmi les artistes contemporains. Il est considéré comme un pionnier de l'illustration journalistique, ayant élevé cette pratique à un niveau comparable à celui de la peinture classique.
Au Service de l’Éducation et de la Littérature pour Enfants
Après avoir quitté l’École Supérieure des Beaux-Arts, Hussein Bicar consacra une partie importante de sa vie à enseigner l'art dans les établissements scolaires et universitaires, où il partageait avec ses étudiants son amour pour la beauté et sa passion pour la création artistique. Il fut le premier artiste égyptien à illustrer des livres pour enfants arabes, contribuant ainsi à faire émerger une nouvelle forme d’expression artistique et à promouvoir l'éducation littéraire auprès des jeunes générations. Cette activité pédagogique lui permit de transmettre ses connaissances et son expérience aux futurs artistes et écrivains égyptiens et de participer activement au développement culturel du pays. Il fut reconnu comme un véritable maître de plusieurs arts, maîtrisant la peinture, la photographie, la poésie et même la musique. Ses œuvres sont aujourd'hui étudiées dans les universités égyptiennes et internationales et elles témoignent d’une œuvre artistique riche et complexe qui continue à inspirer les artistes contemporains.