Artiste
Né(e) à Lund, Suède
Début de vie et formation : un dialogue suédo-brésilien
Runo Lagomarsino, né en 1977 à Lund, en Suède, incarne une intersection fascinante de patrimoine culturel qui façonne profondément sa vision artistique. Son éducation fut singulièrement marquée par le legs de l'exil ; ses parents étaient des émigrés argentins dont les racines remontent à des immigrants italiens ayant fui l'Europe pendant la Première Guerre mondiale. Cette histoire familiale—un récit tissé de déplacement et de quête d'appartenance—est devenue un élément intrinsèque dans l'exploration par Lagomarsino de l'identité, de la migration et des complexités de la mémoire culturelle. Il n'a pas simplement grandi avec ces histoires ; il a vécu au cœur de celles-ci, traversant un mouvement répété entre la Suède et le Brésil qui lui a inculqué une sensibilité profonde aux distances et aux proximités inhérentes aux notions de « Sud » et de « Nord ». Cette exposition précoce n'était pas seulement biographique, elle altéra fondamentalement son approche artistique.
La formation académique de Lagomarsino a fourni une base solide pour cette pratique en évolution. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts Valand à Göteborg, suivi par l'Académie d'Art de Malmö à Lund, et couronné son parcours au prestigieux Whitney Independent Study Program à New York. Ces expériences ne furent pas des étapes isolées, mais plutôt des blocs de construction qui lui ont permis d'affiner son cadre conceptuel et de développer un ensemble de compétences diverses englobant le collage, le dessin, l'installation, la performance et la vidéo. Le programme Whitney, en particulier, s'est avéré déterminant, favorisant un environnement d'enquête critique et d'expérimentation qui l'a encouragé à défier les frontières artistiques conventionnelles.
Thèmes de la migration, de l'identité et des échos coloniaux
Au cœur du travail de Lagomarsino réside une interrogation persistante des dynamiques de pouvoir—historiques, politiques et culturelles. Il ne cherche pas simplement à raconter des histoires, mais plutôt à les réarticuler, dénichant des dépendances conflictuelles et des événements complexes sans jamais réduire leur ambiguïté inhérente. Ses installations, sculptures et œuvres textuelles emploient souvent des stratégies de déplacement et de transformation, questionnant l'écriture même de l'histoire, particulièrement dans le contexte de l'Amérique du Sud. Il ne s'agit pas de construire de nouveaux récits depuis une perspective colonisée ; il s'agit plutôt de révéler les fractures et les chemins aveugles au sein des récits existants.
Un motif récurrent dans son œuvre est l'exploration des objets et matériaux quotidiens comme vecteurs de mémoire et de sens. Il imprègne ces éléments apparemment banals d'une résonance poétique, défiant les récits dominants et invitant le spectateur à réfléchir à sa propre positionnalité. Par exemple, des œuvres telles que « La Muralla Azul » (Le Mur Bleu) présentent une série de l'expressionnisme abstrait captivante mêlant teintes bleues et échos méditerranéens, reflétant des thèmes coloniaux et évoquant la contemplation des paysages urbains. De même, « Following the Light of the Sun, I Only Discovered the Ground » utilise des dessins frappants sur papier solaire pour explorer l'histoire coloniale et la migration, créant un mélange poignant d'abstraction et de commentaire social.
Technique et déplacement poétique
Le processus artistique de Lagomarsino est caractérisé par ce qu'il décrit comme des « déplacements précis et poétiques ». Il ne s'agit pas de grands gestes ou de déclarations manifestes, mais plutôt d'interventions subtiles qui génèrent une friction et révèlent des couches cachées de sens. Il travaille souvent avec des objets trouvés, transformant leur contexte originel pour créer de nouvelles associations et défier les notions préconçues. L'acte même de déplacement devient une métaphore de l'expérience migratoire—la perturbation des environnements familiers et la recherche de nouvelles connexions.
Son usage des matériaux est délibéré et évocateur. Tubes néon pillés d'expositions muséales, anneaux de cuivre marquant des arbres abattus, œufs importés illégalement – ce ne sont pas des choix arbitraires, mais plutôt des éléments soigneusement sélectionnés qui portent un poids symbolique. L'installation vidéo More Delicate Than the Historians’ Are the Map-Makers’ Colors (2012–13), par exemple, montre Lagomarsino et son père déballant et lançant des œufs sur un monument à Séville, un geste chargé d'implications historiques et politiques. Cette œuvre illustre sa capacité à mêler récit personnel et commentaire social plus large.
Réalisations majeures et reconnaissance internationale
Les contributions artistiques de Lagomarsino ont reçu une reconnaissance internationale significative. Il a exposé dans de nombreux endroits en Europe, dans les Amériques et en Asie, participant à des bienniales prestigieuses telles que Gwangju, Venise, Göteborg, Oural, Prospect New Orleans et São Paulo. Son travail est conservé dans de nombreuses collections publiques et privées, notamment le Solomon R. Guggenheim Museum of Modern Art, le Guangdong Museum of Art, le Dallas Museum of Art, le Kiasma Museum of Modern Art, le Moderna Museet et le Museo Reina Sofia.
Au-delà des expositions, Lagomarsino a reçu plusieurs distinctions, dont le Friends of Moderna Museet Sculpture Prize en 2019 et une bourse d'artiste résident DAAD à Berlin. Son travail de commissaire, tel que l'exposition rétrospective « Lenke Rothman – Life as Cloth » à Malmö Konsthall, démontre en outre son engagement à favoriser un dialogue critique au sein du monde de l'art.
Signification historique : une voix contemporaine
L'œuvre de Runo Lagomarsino occupe un espace crucial dans l'art contemporain. Il n'offre pas de réponses faciles ni de déclarations définitives, mais invite plutôt les spectateurs à s'engager avec des questions complexes d'identité, de migration et de patrimoine culturel. Sa capacité à mêler récit personnel et commentaire social plus large, associée à son usage poétique des matériaux et à ses interventions subtiles, le distingue comme une voix unique et fascinante.
À une époque marquée par une mondialisation croissante et les déplacements, l'œuvre de Lagomarsino résonne profondément auprès d'un public mondial. Il nous défie de confronter les héritages du colonialisme, de remettre en question les récits établis, et de reconnaître l'instabilité inhérente au langage et à la représentation. Son art ne consiste pas simplement à réfléchir au passé ; il s'agit de façonner activement notre compréhension du présent et d'envisager un avenir plus équitable.
Musée
Exposé à Venice, Italy
La Biennale di Venezia : Un Carrefour d'Art et d'Innovation
Venise, ville de canaux sinueux et de palais majestueux, abrite depuis 1895 un événement unique au monde : la Biennale di Venezia. Bien plus qu’une simple exposition, c’est une célébration vibrante de la créativité contemporaine, un dialogue incessant entre les traditions vénitiennes séculaires et l'audace des avant-gardes artistiques. Imaginez un lieu où le murmure de l'histoire se mêle aux échos d'une expression artistique en constante évolution, où chaque pavillon national devient une fenêtre ouverte sur la culture du monde.
Les Jardins : Un Dialogue entre Nations
Le cœur battant de la Biennale réside dans les Jardins, un vaste parc transformé en un véritable village international. Trente pavillons nationaux, chacun conçu avec une identité propre, se dressent comme des sentinelles artistiques. L'architecture de ces bâtiments est aussi révélatrice que les œuvres qu’ils abritent : du baroque opulent de l'Italie au minimalisme épuré du Japon, chaque espace reflète la sensibilité artistique et culturelle de son pays d'origine. Se promener dans les Jardins, c'est entreprendre un voyage à travers le monde, une exploration des différentes manières dont les artistes interprètent notre époque. Palazzo Fortuny, véritable joyau architectural, témoigne du génie vénitien avec ses fresques méticuleusement restaurées et ses motifs géométriques inspirés de l’art japonais, créant une harmonie inattendue entre deux cultures.
L'Arsenal : L'Écho d'une Histoire Industrielle
Au-delà de la sérénité des Jardins se trouve l'Arsenal, un espace chargé d'histoire. Autrefois un chantier naval florissant, pilier de la puissance maritime vénitienne, l’Arsenal s'est métamorphosé en un lieu d'expression artistique audacieuse. Les immenses salles, les voûtes impressionnantes et les vestiges industriels offrent une toile brute pour des installations monumentales qui interrogent le rapport entre passé et présent, industrie et créativité. La Sale d’Armes, avec ses murs de briques apparentes et ses plafonds vertigineux, devient un théâtre où l'art contemporain se déploie dans toute sa puissance, défiant les conventions et stimulant l'imagination.
Un Héritage d'Innovation Artistique
La Biennale di Venezia a toujours été à l’avant-garde de l'innovation artistique. De l'introduction du Pop Art dans les années 1960 à la promotion de l'art conceptuel dans les années 1980, elle a joué un rôle déterminant dans l'évolution des pratiques artistiques contemporaines. Des œuvres emblématiques comme "La Vigilia de San Pietro" de Canaletto, capturant avec une précision saisissante la vie nocturne vénitienne, aux installations audacieuses d’artistes contemporains, la Biennale témoigne d'un engagement constant envers la recherche et l'expérimentation. Elle offre une plateforme unique pour les artistes émergents et établis, favorisant un dialogue fertile entre différentes générations et disciplines.
Plus qu'une Exposition : Un Lieu de Rencontre
La Biennale di Venezia est bien plus qu’une simple exposition d’art ; c’est un lieu de rencontre, d’échange et de réflexion. Elle invite les visiteurs à s’immerger dans l’univers artistique contemporain, à remettre en question leurs perceptions et à explorer de nouvelles perspectives. C'est une expérience inoubliable qui laisse une empreinte durable sur tous ceux qui la vivent, un témoignage vibrant du pouvoir transformateur de l'art.