Artiste
Né(e) à Rome, Italie
Fabio Mauri: Architect of the Screen, Chronicler of Ideology
Fabio Mauri (1926-2009) demeure une figure énigmatique et influente de l’art italien de l'après-guerre. Né dans une famille profondément ancrée dans le théâtre et la publication – la maison de son oncle Valentino Bompiani étant un carrefour d’innovation littéraire – le parcours artistique de Mauri a été inextricablement lié aux événements tumultueux de sa jeunesse, en particulier au traumatisme de la Seconde Guerre mondiale et à ses cicatrices idéologiques persistantes. Son œuvre ne se prête pas facilement à une catégorisation simple ; elle résiste aux étiquettes, oscillant entre performance, installation, dessin et réflexion théorique, explorant toujours la relation complexe entre conscience individuelle et les forces omniprésentes des médias de masse et de la propagande.
Les premières années à Bologne ont jeté les bases de sa sensibilité artistique. Il a commencé à publier des dessins en 1942 aux côtés de Pier Paolo Pasolini, une collaboration qui allait profondément façonner leurs trajectoires intellectuelles. L’expérience de la guerre a laissé une marque indélébile, déclenchant des épisodes de détresse mentale sévère et d'hospitalisation. Cette crise personnelle, loin d’être un blocage créatif, est devenue le catalyseur d’un changement radical dans son approche artistique – une confrontation délibérée à l'impact psychologique de la violence et de l'idéologie. Ses premières luttes contre la psychose ont alimenté une enquête sur toute vie concernant la nature du traumatisme, de la mémoire et les manières dont l'histoire est construite et perpétuée par les images.
Les ‘Schermi’ – Un Nouveau Langage de Perception
La percée artistique de Mauri a eu lieu en 1957 avec la création de ses “Schermi” (Écrans). Ces œuvres déceptivesment simples – cadres noirs encadrant des feuilles de papier blanches – représentaient un départ fondamental par rapport à la peinture traditionnelle. Il les décrivait comme cherchant un ‘zéro degré’ – un espace au-delà de la représentation, une toile vierge pour la projection et la contemplation. Les Schermi n'étaient pas simplement des peintures ; ce sont des invitations à s'engager avec le potentiel de l'image elle-même, agissant comme des conducteurs
pour les narrations invisibles
pour les possibilités futures
Le concept a évolué au fil du temps, intégrant des éléments tels que des tissus tendus ou des cadres en bois rappelant la forme d'un écran de télévision, soulignant ainsi le rôle des médias et de la technologie dans notre perception.
Les Schermi n’étaient pas des objets statiques ; ils étaient conçus pour être activés – projetés sur eux, superposés à du texte ou utilisés comme toile de fond pour une performance. L'attention méticuleuse de Mauri aux détails - le cadrage précis, le contraste saisissant entre noir et blanc - a créé une langue visuelle puissante qui défiait les hypothèses des spectateurs quant à la représentation et à la réalité. Les Schermi sont devenus un élément central dans son exploration de l'idéologie, servant de plateforme pour affronter les vérités inconfortables sur le pouvoir, la violence et la manipulation.
Performance, Idéologie et le Groupe ‘Crack’
Au-delà des Schermi, la pratique artistique de Mauri s'est considérablement étendue au cours des années 1960. Il est devenu profondément impliqué dans le théâtre, cofondant le magazine “Quindici” avec les poètes Pier Paolo Pasolini et Edoardo Sanguineti, et organisant des performances politiques telles que L’Isola (1964), une pièce de théâtre pop-art combinant littérature, bandes dessinées et images visuelles. Il a également formé le groupe ‘Crack’ en 1960 avec des artistes tels que Pietro Cascella, Gino Marotta et Achille Perilli – un collectif dédié à l'exploration de l'intersection de l'art, de la politique et du critique social.
De manière cruciale, Mauri s'est distancié du mouvement Pop Art naissant en 1964, reconnaissant son adoption superficielle de la culture de consommation. Il a orienté sa recherche vers une investigation plus rigoureuse de l'idéologie, produisant des œuvres telles que Che cosa è il fascismo (Qu’est-ce que le fascisme) et Ebrea, qui affronteraient les horreurs de l'idéologie nazifasciste avec une honnêteté sans compromis. Ces performances n'étaient pas de simples événements esthétiques ; ce sont des actes de mémoire, des tentatives pour témoigner des traumatismes historiques et exposer leurs effets persistants sur la société contemporaine.
Héritage et Pertinence Durable
L’œuvre de Fabio Mauri continue de résonner avec force au XXIe siècle. Son exploration des médias de masse, de la propagande et de la manipulation d'images reste profondément pertinente à l'ère dominée par les médias sociaux et les technologies numériques. Son insistance sur le fait de confronter les vérités inconfortables – en particulier celles liées à la violence, au traumatisme et à l’idéologie – exige un engagement critique avec l'histoire et son influence persistante sur notre présent. L'héritage de Mauri ne réside pas seulement dans ses pratiques artistiques innovantes mais aussi dans son engagement indéfectible à utiliser l'art comme un outil de critique sociale et de réflexion personnelle.
Musée
Exposé à Venise, Italie
Origines et histoire de la Biennale di Venezia
Les racines de la Biennale di Venezia plongent dans l'histoire de la ville de Venise, remontant à une résolution adoptée par le conseil municipal le 19 avril 1893. Cette impulsion législative est née de la vision d'un groupe d'intellectuels vénitiens, portés par le maire de l'époque, Riccardo Selvatico. Leur ambition était de fonder une exposition artistique biennale nationale, capable de dynamiser la vie créative et le marché de l'art au sein de la cité et de l'État italien alors unifié. Portée par cet élan, la première exposition d'art fut lancée en 1895, marquant la naissance officielle de l'institution en tant que société culturelle.
Au fil des décennies, l'organisation a su transcender son ancrage initial dans les arts visuels pour embrasser une dimension universelle. La structure de l'institution a évolué par l'émergence de secteurs spécialisés, témoignant d'une curiosité insatiable pour les nouveaux langages de l'expression : la musique en 1930, le cinéma en 1932, puis le théâtre en 1934. Plus tard, l'architecture a rejoint cette aventure en 1980, suivie par la danse en 1999. Cette croissance pluridisciplinaire est le reflet fidèle des mutations constantes de la pratique créative contemporaine.
Un tournant institutionnel majeur a marqué l'histoire de l'organisation en janvier 2004. Par le biais d'un décret de réforme législative, la Biennale di Venezia a été transformée en Fondation. Si ce changement a profondément modifié son cadre administratif, il a surtout consolidé son engagement indéfectible envers l'organisation d'événements internationaux et la promotion des tendances artistiques émergentes. Aujourd'hui, l'institution continue de rayonner à travers ses différents départements, ancrant sa présence éternelle à Venise, entre les jardins des Giardini di Castello et l'espace industriel de l'Arsenale.
La Diversité des Départements de la Biennale
La structure pluridisciplinaire de la Biennale reflète un engagement de longue date envers les multiples formes d'expression créative. Si la fondation a initialement pris racine avec le secteur des arts visuels, l'institution a su élargir son horizon tout au long du XXe siècle. L'élan créatif s'est ainsi étendu avec l'établissement du secteur de la musique en 1930, suivi de près par celui du cinéma en 1932, puis du théâtre en 1934. Ces différents départements permettent d'instaurer un dialogue permanent entre les divers médiums artistiques, s'épanouissant harmonieusement au cœur même du contexte vénitien.
Au fil du temps, de nouveaux développements ont apporté un regard spécialisé sur l'environnement bâti et le mouvement. Le secteur de l'architecture a ainsi été instauré en 1980, tandis que le secteur de la danse, plus récent, a rejoint l'aventure en 1999. Cette évolution organique garantit que l'institution demeure un sanctuaire pour la pratique contemporaine, embrassant une multitude de disciplines. Aujourd'hui, l'organisation opère selon un modèle de fondation, après avoir été transformée par un décret de réforme législative en janvier 2004.
Les Lieux Emblématiques et leur Déploiement
Les espaces d'exposition de la Biennale di Venezia se déploient à travers plusieurs sites distincts, entre l'effervescence de Venise et la sérénité du Lido. Les Giardini di Castello s'imposent comme le cœur battant des arts visuels et de l'architecture. Au sein de ce parc enchanteur, trente pavillons nationaux se succèdent, offrant un voyage culturel unique ; on y trouve notamment le Pavillon Britannique, un édifice néoclassique du XIXe siècle qui accueille des artistes depuis 1909. Les Giardini offrent ainsi un écrin structuré et harmonieux pour ces vitrines internationales de la créativité.
L'Arsenale occupe, quant à lui, une place prépondérante dans le paysage expositionnel. Ancien chantier naval autrefois bouillonnant d'activité, ce site industriel majestueux est aujourd'hui le théâtre des arts visuels et de l'architecture. L'envergure même de l'Arsenale permet l'éclosion d'installations monumentales au cœur de ses structures historiques. À proximité, le Teatro alle Tese et le Teatro Piccolo Arsenale offrent les cadres indispensables à la danse, à la musique et au théâtre, ces lieux étant parfaitement adaptés au mouvement et à la résonance sonore exigés par les arts de la scène.
Les célébrations du septième art, quant à elles, se concentrent sur le Lido. Le Palazzo del Cinema et le Palazzo del Casinò servent de cadres privilégiés pour ces présentations cinématographiques. Cette répartition stratégique des sites garantit que chaque discipline de la Biennale s'épanouisse dans un environnement en parfaite adéquation avec ses exigences propres, depuis les espaces ouverts et verdoyants des Giardini jusqu'aux salles spécialisées et feutrées du Lido.
Le Pavillon Britannique et son héritage
Niché au cœur des Giardini, le Pavillon Britannique est un édifice néoclassique du XIXe siècle, classé et chargé d'histoire. À l'origine conçu comme un simple café-restaurant, ce lieu a trouvé sa véritable vocation artistique en 1909, lorsqu'E. A. Rickards l'a transformé en un espace d'exposition. L'ancrage de la Grande-Bretagne au sein de cet événement est devenu indissociable de l'institution lorsque le British Council a pris la responsabilité du bâtiment en 1937, instaurant ainsi une présence pérenne et prestigieuse sur les terres de la Biennale.
Depuis sa métamorphose, le Pavillon est devenu une scène privilégiée où plus de 600 artistes britanniques ont fait rayonner leur vision. Au fil des décennies, le processus de sélection s'est affiné, épousant les mutations profondes des pratiques artistiques contemporaines. Depuis les années 1970, le Pavillon a adopté une approche plus singulière et intime, choisissant de dédier son espace, chaque année, à un artiste unique ou à une démarche plastique spécifique, offrant ainsi un regard profond sur l'évolution de la création.
L'histoire de ce lieu est jalonnée par le passage de figures monumentales de l'art britannique, dont la présence a marqué l'imaginaire collectif. Parmi les participants les plus illustres, on peut citer :
Henry Moore
Barbara Hepworth
Francis Bacon
Lucian Freud
Anish Kapoor
Tracey Emin
Expositions et recherche artistique
Le fonctionnement de la Biennale repose sur un cycle biennal, alternant chaque année entre l'art et l'architecture. L'accès au public est assuré durant six mois chaque année, de mai à novembre, un calendrier qui garantit une présence constante dans le paysage culturel vénitien et offre un rythme structuré à la participation internationale. L'institution préserve sa continuité historique grâce à l'ASAC, les Archives Historiques d'Art Contemporain, qui conservent la documentation essentielle de l'histoire de la Biennale.
La recherche et le développement professionnel sont intimement intégrés au cadre institutionnel. En 2014, le programme Venice Fellowships a été lancé pour soutenir les artistes et les architectes. Cette initiative offre un espace de recherche dédié, permettant aux participants de s'imprégner de la ville et de ses contextes artistiques singuliers. La programmation aborde souvent des thématiques mondiales complexes, telles que le changement climatique ou les droits des migrants, à travers des dialogues curatés et des installations d'envergure.
Nyau Cinema, 2015
The Anti-Clock Project, 2015
Let Us Now Praise Famous Men, 1936
Événements récents et à venir de la Biennale
Le calendrier de la saison 2023 déploie un éventail fascinant de disciplines à travers les canaux de Venise et les rivages du Lido. La Biennale Danza s'anime dans la cité vénitienne du 13.07 au 29.07, offrant un souffle de mouvement et de grâce. Elle est suivie par la Biennale Teatro, qui investit Venise entre le 15.06 et le 1.07. Le regard se tourne ensuite vers le Lido di Venezia pour la Biennale Cinema, qui se déroule du 30.08 au 9.09. En fin d'année, la Biennale Musica retrouve l'effervescence de Venise du 16.10 au 29.10, tandis que la Biennale Architettura, par son ampleur, s'étend sur une période plus longue, du 20.05 au 26.11.
En se projetant vers l'année suivante, la Biennale Arte 2024 est programmée à Venise du 20.04 au 24.11. Cette programmation riche et rythmée témoigne de la structure pluridisciplinaire de l'institution, oscillant avec élégance entre l'art et l'architecture, tout en consacrant des temps forts au cinéma, à la danse, à la musique et au théâtre. Ce cycle incessant garantit que les différents secteurs de la fondation continuent de faire battre le cœur culturel de la ville tout au long de l'année.